Détection plus fine du cancer de la prostate grâce à l’IRM
Dr BOUMEHDI Bounhir

"L'IRM dans le cancer de la prostate, c'est un peu comme les lunettes infrarouges qui ont permis aux militaires de voir dans la nuit.", a déclaré récemment Pr. Abdel-Rahmène Azzouzi, chef du service d'urologie au CHU d'Angers. De son côté, Dr. Nicolas Barry Delongchamps, d’Angers, a lancé une phrase pleine de sagesse « La vraie innovation, ce n'est pas d'utiliser un robot pour opérer. C'est de sortir du bloc sans son cancer mais avec sa prostate." Ces deux déclarations pleines de bon sens, sont extraites d’un article récemment publié, qui relate plusieurs innovations, qui sont pleine d’espoirs pour les malades touchés par le cancer de la prostate, notamment la possibilité d'analyser les prélèvements tissulaires suspects et donc de poser un diagnostic en quelques minutes grâce à une forme particulière d'imagerie (tomographie par cohérence optique). Ci-dessous la version intégrale du texte
Maladie longtemps invisible, le cancer de la prostate est désormais détecté plus finement grâce à l’IRM. Des traitements ciblés, encore en test, pourraient révolutionner la vie des malades.
Trop d'ablations, trop de dosages sanguins, trop de biopsies… Après des années de sur-diagnostic et de sur-traitement du cancer de la prostate, la fin du tout-bistouri a commencé. Les progrès de l'imagerie médicale expliquent en partie cette petite révolution. "Grâce à l'IRM fonctionnelle, les radiologues savent désormais détecter le cancer de la prostate. Le produit au moment de l'examen se focalise sur des zones spécifiques. Cela traduit une anomalie de la vascularisation qui correspond souvent à une zone tumorale", décode le professeur Michaël Peyromaure, chef du service d'urologie à l'hôpital Cochin, à Paris. Contrairement à plusieurs autres cancers, repérables lors d'un scanner, celui de la prostate a longtemps été "un ennemi invisible" selon le professeur Abdel-Rahmène Azzouzi, chef du service d'urologie au CHU d'Angers : "L'IRM dans le cancer de la prostate, c'est un peu comme les lunettes infrarouges qui ont permis aux militaires de voir dans la nuit."
L'IRM évite les biopsies
Cette avancée a mis en sourdine la controverse sur le test PSA (dosage dans le sang d'une protéine fabriquée par cette glande). Longtemps considéré comme un Graal de détection par les urologues quand les autorités pointaient son inutilité, le PSA est désormais un premier outil, limité, parmi d'autres. Grâce à l'IRM, les biopsies (prélèvements de tissu à l'aide d'une aiguille permettant de mesurer l'agressivité de la tumeur), vont devenir moins fréquentes. "On a comparé les biopsies faites dans des zones tumorales visibles en IRM et celles faites à l'aveugle dans toute la prostate", explique Michaël Peyromaure. Les tumeurs mises en évidence par l'IRM sont bien plus agressives. L'IRM s'impose donc comme un filtre entre le dosage PSA et les biopsies. Elle permet d'éviter les biopsies inutiles qui peuvent entraîner des complications, de mieux les cibler sur les zones suspectes et de sélectionner les tumeurs qui doivent être surveillées ou soignées."
Ces biopsies ciblées sont réalisées grâce à des logiciels de fusion d'images qui transposent sur l'appareil d'échographie les zones détectées par l'IRM. Au CHU d'Angers, Abdel-Rahmène Azzouzi confirme : "La plus-value des grands centres, ce n'est plus de mieux opérer qu'ailleurs mais de bien diagnostiquer. Une fois cette étape accomplie, on peut passer, ou non, à l'étape thérapeutique et la confiance est rétablie."
Du côté des traitements aussi, la palette des urologues s'est élargie. Les méthodes classiques restent indiquées dans de nombreux cas : ablation de la prostate, radiothérapie quand la tumeur est localisée ou que le patient est trop âgé pour être opéré et curiethérapie, une sorte de radiothérapie interne qui consiste à introduire des grains radioactifs dans la glande. Mais ces gestes qui sauvent la vie peuvent gâcher le quotidien (sévères troubles de l'érection, incontinence). "On opère toujours trop en France", dénonce Abdel-Rahmène Azzouzi. Le principal risque du cancer de la prostate n'est pas le décès mais le sur-traitement."
Des méthodes mini-invasives
Le remède à ce mal hexagonal porte le nom de "surveillance active" : ne rien faire, juste observer de près. "Face à un cancer débutant, le traitement n'est jamais urgent. Un tiers des tumeurs détectées tôt ont une chance de ne pas évoluer", précise le professeur Peyromaure. Au Canada ou en Suède, dans ces cas-là, les patients se contentent de subir des examens de contrôle tous les six mois. Autre voie d'espoir pour certains cancers localisés, des méthodes mini-invasives font leur apparition. Testées depuis une petite dizaine d'années, les thérapies focales, qui consistent à limiter le traitement à la zone tumorale pour la détruire sans agir sur toute la glande, sont toujours en cours d'évaluation. Qu'il s'agisse d'éliminer les foyers cancéreux au moyen d'ultrasons, par le froid ou par la lumière, les études cliniques semblent intéressantes. L'équipe d'Abdel-Rahmène Azzouzi a présenté le mois dernier lors d'un congrès à Munich les "résultats prometteurs" d'un travail de phase 3, non encore publié, comparant la surveillance active et la thérapie focale.
À l'hôpital Cochin, Michaël Peyromaure et le docteur Nicolas Barry Delongchamps viennent de lancer un projet visant à combiner progrès de la détection et thérapie focale. "L'idée est de diagnostiquer le foyer tumoral et de le traiter au même moment." Pour cela, leur équipe va s'appuyer sur une de ses découvertes récentes : il est possible d'analyser les prélèvements tissulaires suspects et donc de poser un diagnostic en quelques minutes grâce à une forme particulière d'imagerie (tomographie par cohérence optique). "Cela pourrait tout changer", rêve l'urologue de Cochin. Son confrère d'Angers abonde : "La vraie innovation, ce n'est pas d'utiliser un robot pour opérer. C'est de sortir du bloc sans son cancer mais avec sa prostate."

