L’Apport de la Radiologie à la Médecine de guerre
Dr Boumehdi et Dr Cherkaoui
Le site www.radiologielopera.ma, tout en vous souhaitant bon Ramadan, vous invite à découvrir, des dates et des faits marquants de l’histoire de la médecine, à travers des personnalités mondiales, qui ont gravité dans la sphère de la physique et de la radiologie, et qui ont marqué par leurs actions, l’humanité toute entière. Pour cette première page de l’histoire de la radiologie, nous allons voyager avec Marie Curie, qui, durant la première guerre Mondiale, s'est beaucoup impliquée pour que la radiologie s'installe au front. Elle a participé à la conception d'unités mobiles et met au point une vingtaine d'ambulances radiologiques surnommées les «petites Curies ». Elle savait combien peuvent-être utiles les appareils à rayons X pour repérer les fractures et localiser les éclats d'obus. Marie Curie était persuadée qu'il ne faut pas déplacer les blessés, car cela risquaient de compliquer davantage leurs situations sanitaires.

En 1914, Marie Curie est une femme scientifique de renommée mondiale. Elle est la première femme à avoir reçu le Prix Nobel. Elle en a même obtenu deux: l'un, avec son mari et Henri Becquerel, sur les radiations en 1903, et l'autre pour ses travaux sur le radium en 1911.
Dès le début de la guerre, elle se mobilise. Elle sait combien peuvent-être utiles les appareils à rayons X pour repérer les fractures et localiser les éclats d'obus.
Dès le mois d'août 1914 elle obtient une attestation du Ministère de la Guerre pour mettre en place une équipe de manipulateurs en radiologie. Elle enseigne à plus de 150 élèves les bases de physique et d'anatomie.
Marie Curie est persuadée qu'il ne faut pas déplacer les blessés. Elle va donc créer des unités radiologiques mobiles avec le matériel nécessaire. Le Service de Santé et les initiatives privées de bienfaiteurs participent à cette installation. Les services radiologiques encore précaires au début de la Première Guerre mondiale prennent rapidement un essor considérable. La radiologie joue un rôle essentiel dans le diagnostic, c'est le début de la «radio-chirurgie». Le chirurgien ne peut se passer des examens radiologiques avant et après l'opération.
Marie Curie va se rendre elle-même dans les zones de combat, secondée par sa fille Irène. En 1918, à la fin de la guerre, elle prend la direction de l'Institut du radium, actuel Institut Pierre et Marie Curie.
Dans un article paru dans Le Figaro du 14 février 1922, sur le rôle de Mme Curie et la guerre, le professeur Henry Reynès, de Marseille, qui fut médecin-chef de l'hôpital militaire Miribel, à Verdun, a donné des précisions sur le concours que Mme Curie a apporté à la chirurgie de guerre. « Tout le monde sait la grande part qui lui revient dans les travaux qui ont immortalisé le nom de Pierre Curie, et dans la découverte et les applications médico-chirurgicales du radium. Mais ce qu'il faut aussi rappeler, c'est la part importante prise par Mme Curie dans les progrès de la chirurgie, notamment en ce qui concerne les premières applications des Rayons X, dues à son initiative, dans le traitement des fractures de guerre, et la recherche des projectiles ».
Pour toute étude de fracture, et pour toute recherche de projectile, il parait aujourd'hui banal et indispensable de faire d'abord un examen aux rayons X, qui précise et localise tous les détails utiles.
Il faut préciser que dans les débuts de la guerre il n'en fut pas ainsi. Encore que bien des blessés aient été tout de même correctement soignés malgré l'insuffisance initiale des moyens chirurgicaux.
Pénétrée d'un zèle de clairvoyance patriotique, Mme Pierre Curie sollicita des collaborations à Paris, mit en œuvre des influences, récolta des subventions, et put ainsi, la première, mettre à la disposition des chirurgiens de l' avant, un matériel de rayons X. Et ce furent là le début de la radiographie de guerre. De Verdun, Mme Curie alla vaillamment vers des positions plus avancées et continua de Paris à multiplier les installations de Rayons X.
Le début de la radiographie de guerrePour illustrer parfaitement, l’apport de la radiologie pendant la première guerre mondiale, ci-après une sélection de comptes rendus de l'Académie de Médecine, évoquant des méthodes nouvelles de radiologie au cours de la Première Grande Guerre.
Le 17 septembre 1914
Dans toutes les ambulances on pourra désormais, sur le champ de bataille même, procéder à la radiographie immédiate des blessures de guerre, grâce au nouveau procédé imaginé par M. Vaillant, chef de laboratoire de radiographie de l'hôpital Lariboisière.
Ce procédé remplace les plaques photographiques de verre par des feuilles de papier sensibilisées sur lesquelles on radiographie directement.
Les visages sont d'une netteté parfaite, et on les obtient en un temps variant de quatre secondes au minimum à trente secondes, une demi-minute de pose au maximum.
En sorte que sur le champ de bataille, au moment même où le blessé est ramené de la ligne de feu, on peut se rendre compte instantanément des soins que réclame son cas, de l'utilité du transport ou, au contraire, du pansement sur place. Beaucoup de complications seront ainsi évitées et beaucoup de vies sauvées.
Le 10 mars 1915
Une méthode radiographique nouvelle pour repérer la localisation des projectiles dans le corps d'un blessé: elle est présentée, en son nom et au nom de son collaborateur, M. Barnsby, par M. Menuet, professeur suppléant et chef des travaux à l'Ecole de médecine de Tours.
Cette méthode emploie, avec la radiographie, un appareil spécial composé essentiellement d'un repéreur et de deux viseurs à alidade. Avant l'opération, le chirurgien «voit» nettement le projectile à la place précise qu'il occupe dans le corps du blessé. Cette méthode, dite «des contours», évite tout tâtonnement, toute indécision; elle a donné les résultats les plus satisfaisants.
Le 15 septembre 1915
Le professeur Pierre Marie présente, au nom de M. Ch. Infroit, chef du laboratoire central de radiographie de la Salpêtrière, une centaine de radiographies de blessés porteurs de projectiles. Ces corps étrangers ont été localisés avec le compas radio-chirurgical de l'auteur.
Dans le détail exposé, on constate la présence de balles de fusil, de shrapnells, de nombreux éclats d'obus, d'une boucle de pantalon, de deux morceaux de couteau, d'un bouton double de cuivre provenant d'une bretelle de fusil, et d'une pièce de cinq francs incluse dans la paroi abdominale. Ces différents objets, d'ailleurs, ont été extraits de toutes les parties du corps cerveau, poumons, rachis, moelle, bassin. Le cas le plus typique est peut-être un shrapnell intracardiaque, extrait de l'oreillette droite du cœur d'un blessé.

