Le médecin radiologue, maillon essentiel dans le dispositif d’annonce d’un cancer
Dr BOUMEHDI Bounhir
L’annonce du diagnostic d’un cancer à un patient constitue une phase cruciale dans la suite des événements. C’est une phase qui aidera le patient ou la patiente à passer de l’état de déni et de refus de la maladie au stade d’acceptation et donc de l’intégration du patient dans la stratégie thérapeutique adoptée. Cette étape d’annonce de la maladie cancéreuse doit être abordée avec une grande doigté.
Les journées internationales de Radiologie, organisées à Paris fin octobre 2017, ont insisté sur le rôle des professionnels de ville, notamment les médecins généralistes et les radiologues.
Dans cette consultation dite de préannonce lorsqu’elle est réalisée par le radiologue, celui-ci doit le faire en articulation avec le médecin traitant et dans un espace dédié. Cette première étape du dispositif d’annonce permet de préparer le patient à l’annonce du diagnostic qui sera faite au moment de la consultation médicale spécialisée.
Tout cela en se basant sur des travaux internationaux, notamment ceux de l’Institut National des Cancers en France (INCa), qui, en concertation avec les différents professionnels concernés , a identifié schématiquement cinq temps de l’annonce du cancer : la préannonce, l’annonce du diagnostic, la proposition thérapeutique, le temps soignant et le post-annonce.
L’annonce du diagnostic de cancer est une étape marquante dans la vie du patient et de son entourage. En réponse à la demande des malades et afin de leur permettre d’avoir les meilleures conditions d’annonce de leur pathologie.
La consultation d’annonce doit être réalisée par un médecin acteur du diagnostic et traitement : oncologue, hématologue, oncopédiatre, chirurgien, spécialiste d’organe, radiologues et médecins généralistes.
Dans cette démarche, Il est important d’apporter au patient une information adaptée, progressive et respectueuse. Il y a un temps médical dédié à l’annonce par le médecin du diagnostic de cancer puis de la proposition de stratégie thérapeutique définie lors de la réunion de concertation pluridisciplinaire. La décision thérapeutique, comprise et acceptée par le malade est ensuite formalisée par écrit et lui sera remise sous forme d’un programme personnalisé de soins (PPS). Ensuite, il y a un temps d’accompagnement soignant permettant au malade ou à ses proches d’accéder à un personnel soignant, infirmier en règle générale, qui écoute, reformule, informe et oriente le malade vers d’autres professionnels selon ses besoins. Et il y a un temps de soutien, notamment l’accès à une équipe impliquée dans les soins de support (accompagnement social, prise en charge psychologique, prise en charge de la douleur, etc.), en collaboration avec les équipes soignantes. Et enfin, un temps d’articulation avec la médecine de ville visant à associer précocement le médecin traitant au parcours de soins notamment par la transmission d’informations sur la prise en charge de son patient et à assurer une coordination et une continuité des soins.
Il est important de bien assurer cette phase d’annonce de cancer, d’autant plus que les réactions des patients et des patientes sont différentes, prévisibles et non prévisibles. Il peut s’agir d’un hyper-contrôle de soi : le patient face au médecin reste impassible, à distance, dans l’hyper-rationalité. Cette attitude de la part du patient peut i être l’expression de son besoin de maîtrise. Il importera de lui proposer de le rencontrer à nouveau pour en parler et lui permettre de faire part de ce qu’il pense, de sa perception des choses et de son inscription dans l’avenir. Autre réaction, les pleurs : ils témoignent de la part du patient de son aptitude à éprouver des émotions. Il s’agira pour le médecin de les légitimer comme étant l’expression de son ressenti. Parfois, le déni : il affirme que le message a été entendu par le patient mais que ce dernier a besoin de temps pour appréhender totalement l’annonce et de se réorganiser autrement par une temporisation intérieure protectrice et une mise à distance de ce qui le frappe.
Autre réaction, la colère : elle cache très souvent la peur devant la fatalité, le sort, le hasard coupable, la maladie, l’impuissance face à des forces qui le dépassent. Le ressentiment, puisqu’il faut un coupable, cela peut être le patient lui-même, le conjoint, un proche, un ou des médecins et même Dieu. Il faut là encore encourager l’expression de ces sentiments. La culpabilité, ne pas l’aborder ou ne pas l’entendre peut rendre la prise en charge de la maladie plus difficile. Il s’agira pour le médecin, là encore, de certes dire les choses mais de ne pas « en rajouter ». L’injustice, ce sentiment d’injustice est à ne pas négliger car il peut faire écho à un sentiment de culpabilité lié à des faits passés.
Le marchandage, il s’agira pour le médecin de se méfier de promesses qu’il ne pourrait tenir et d’entendre les remarques du patient comme l’amorce de l’acceptation. La dépression, l’accompagnement est la seule réponse et si le malade se sent écouté, soutenu, encadré, il trouvera plus facilement à élaborer des défenses psychiques. L’acceptation, il ne faudrait surtout pas penser que, puisque le patient accepte sa maladie, ses traitements et son pronostic fatal éventuel, plus rien ne serait à faire. Plus que jamais l’accompagner c’est entrer en relation avec lui, avec cet Autre souffrant, en cheminant avec lui, en lui restituant son être en ce qu’il nous donne à en voir, en rappelant encore une fois la singularité de la relation humaine qui préside à la rencontre soigné-soignant. Tout faire pour que cet Autre-là puise trouver l’ataraxie est le défi premier de l’accompagnement. Tout médecin, spécialiste d’organe, médecin radiologie ou médecin généralistes, peuvent jouer ce rôle d’accompagnement.