Par Dr BOUMEHDI Bounhir, médecin radiologue et Pr Mohammed KHATTAB,
Spécialiste en hématologie oncologie pédiatrique.
Le neuroblastome est une tumeur maligne redoutable de l’enfant.
Elle peut être dévastatrice si elle n’est pas diagnostiquée à temps.
Pourtant, entre de bonnes mains et avec un œil médical avisé, ce cancer pédiatrique peut aujourd’hui être traité avec succès.
Encore faut-il le reconnaître à temps.
Et dans cette course contre la montre, le médecin radiologue joue un rôle crucial.
Ce cancer naît du système nerveux sympathique, affectant majoritairement les nourrissons et les jeunes enfants.
Il se loge fréquemment dans la glande surrénale, perchée au-dessus du rein, mais peut aussi s’étendre à d’autres segments de la chaîne nerveuse : thorax, cou, abdomen, bassin.
Les symptômes sont souvent trompeurs.
L’un d’eux, pourtant très évocateur, passe fréquemment inaperçu : un halo bleuté autour des yeux, qui ressemble à un simple œil au beurre noir.
Ces ecchymoses périorbitaires, bilatérales et sans choc, doivent immédiatement faire penser à une dissémination osseuse du neuroblastome au niveau orbital.
Malheureusement, par manque de sensibilisation ou d’orientation diagnostique, certains enfants sont orientés vers l’ophtalmologue ou le neurochirurgien.
Opérés de l’œil sans résultat.
Alors que le mal était ailleurs : enfoui dans l’abdomen, silencieux mais menaçant.
Et pourtant, la clé du diagnostic peut tenir en un geste simple : l’échographie.
Accessible, non invasive et sans douleur, l’échographie abdominale permet très souvent de localiser la tumeur au niveau de la surrénale.
Encore faut-il que le clinicien y pense… et que le radiologue soit associé précocement dans le parcours de soins.
La radiologie devient alors un phare dans la brume.
À l’échographie, une masse suspecte ?
Le diagnostic peut être confirmé par d'autres examens d’imagerie : IRM, scintigraphie à la MIBG, dosage des catécholamines urinaires, voire biopsie ciblée.
Mais tout commence par l’échographie, et le regard attentif du radiologue.
Face à une masse abdominale inexpliquée, une boiterie, des douleurs osseuses, une perte de poids, une diarrhée chronique ou des signes neurologiques inexpliqués chez l’enfant, le réflexe échographique peut sauver une vie.
Le traitement du neuroblastome est ensuite bien codifié : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie… Et dans certaines formes précoces, une simple résection peut suffire.
Mais sans un diagnostic précoce, le temps se transforme en adversaire.
Le retard au diagnostic reste aujourd’hui le principal obstacle à la guérison.
Et ce retard, c’est souvent l’absence d’une échographie à temps, ou la non-consultation du radiologue, ce médecin souvent en retrait mais ô combien décisif.
Un œil bleu sans traumatisme, une douleur osseuse sans fracture, une masse abdominale chez un bébé… Ce ne sont pas des détails.
Ce sont des signaux d’alarme.
Mieux vaut une échographie inutile que de passer à côté d’un diagnostic vital.
Le neuroblastome peut emporter un enfant… ou lui offrir une seconde chance.
Tout dépend du regard porté sur les signes.
Et très souvent, ce regard est celui du radiologue.

