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Le Mouton de l’Aïd : Les fractures potentielles

Le Mouton de l’Aïd : Les fractures potentielles

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Une histoire racontée par Dr Bounhir BOUMEHDI médecin radiologue
 
Cette année, en raison de circonstances exceptionnelles, des milliers de familles marocaines ont été épargnées par l’obligation — souvent lourde — de sacrifier un mouton.
 
Étrangement, en tant que médecin radiologue, j’y ai vu plus qu’un simple soulagement économique ou social.
J’y ai vu une pause dans un cycle silencieux de traumatismes, une respiration dans le flot des lésions que l’on raconte très rarement à la télévision : les fractures de l’Aïd.
 
Car chaque année, à cette date sacrée, les services de radiologie enregistrent des clichés bien particuliers : os du bassin brisés, avant-bras déformés, côtes fendues, calottes crâniennes fissurées, hématomes internes profonds et, plus troublant encore, des atteintes testiculaires parfois irréversibles.
 
Tout commence dans une cour.
 
Un mouton, parfois tenu depuis des jours dans des conditions de stress extrême, réagit de manière brutale. 
Il rompt sa corde, s’agite, rue, charge. 
Ce n’est pas de la méchanceté. 
C’est de l’instinct. 
C’est une créature vivante qui sent venir sa fin.
 
 Premier cas : un homme d’un certain âge, tombé sur le flanc droit après avoir été percuté alors qu’il versait l’eau du seau. 
Résultat : fracture du col du fémur. 
Opération sous anesthésie, pose d’une prothèse partielle. 
Rééducation difficile.
 
 Deuxième cliché : celui d’un enfant, six ans à peine, heurté à la tête. 
Scanner cérébral en urgence. 
Œdème pariétal droit. Contusion cérébrale sans saignement majeur, mais avec risque de séquelles neurocognitives. 
Il ne bougeait plus en arrivant. 
Ses parents ne comprenaient pas. 
Ils croyaient qu’il dormait.
 
 Troisième cliché : un homme dans la force de l’âge, jeune marié, reçu au service d’imagerie après une charge directe à l’aine. Échographie scrotale : hématome massif, rupture testiculaire. 
Intervention chirurgicale en urgence. 
Désespoir dans le regard.
 
Derrière ces accidents se cache une constante : le manque de préparation, l’absence de sensibilisation, l’oubli que le mouton est un animal puissant — parfois jusqu’à 80 kilos — doté de cornes, de sabots, de force.
 
Dans les  cabinets de radiologie, les images sont muettes mais éloquentes. 
 
Elles racontent une fête qui tourne mal. 
Elles sont le témoignage froid, noir et blanc, des corps meurtris. 
Et à chaque cliché, à chaque fracture, je me dis : cela aurait pu être évité.
 
Ce texte n’est pas un réquisitoire contre la tradition. 
C’est un plaidoyer pour la vigilance, pour la santé, pour l’éducation.
 
Il faut enseigner, informer, alerter. 
Prévoir un espace clos pour l’animal. 
Ne jamais laisser les enfants seuls avec le mouton.
Éviter les comportements brusques. 
Former les adultes aux bons gestes. 
Prévoir une aide compétente lors de l’immobilisation ou du sacrifice.
 
Car l’Aïd, fête de piété et de partage, ne doit jamais finir dans les salles d’attente des urgences, sur les tables d’opération, ou dans les unités d’imagerie où les radios racontent la violence inattendue d’un moment de foi mal encadré.
 
L’os fracturé se ressoude, mais les souvenirs, eux, ne s’effacent pas si vite.

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Centre de Radiologie L'Opéra

Télephone: (212) 05 37 85 00 22
Fax: (212) 05 37 86 00 22
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